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« En classe, le silence est un combat »

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Tribune Eirick Prairat Philosophe de l’éducation

Publié dans le Monde  le 03 juin 2019 à 15h27

Le bavardage est l’une des manifestations les plus caractéristiques de « l’indiscipline scolaire contemporaine », estime le philosophe de l’éducation Eirick Prairat dans une tribune au « Monde ».

« Ne pas pouvoir enchaîner trois phrases sans être coupée, être toujours empêchée de développer une idée ou un raisonnement jusqu’au bout, n’avoir droit à quelques instants d’attention qu’à condition qu’elle soit conquise pied à pied, cela tient d’une forme de torture, ni plus ni moins. (…) Je dois frayer le chemin de mon propos dans un milieu hostile, du moins peu enclin à lui faire une place », écrit Florence Ehnuel, romancière et professeure de philosophie en lycée. Le bavardage a, en quelques décennies, envahi nos écoles et nos salles de cours. Peut-on exiger dix minutes de silence complet dans une salle de classe aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr. En tout cas, pas dans toutes les salles de classe de tous les établissements. Omniprésent, le bavardage ne fait pourtant guère parler de lui dans les lieux de formation.

Fluide, volatil, il ne semble pas digne d’intérêt. Et pourtant, il est l’une des manifestations les plus caractéristiques de l’indiscipline scolaire contemporaine. L’indiscipline a certes toujours existé, mais elle a fondamentalement changé de nature ; elle est plus de l’ordre d’une ambiance, d’une atmosphère, que le résultat de transgressions toujours très clairement repérables et identifiables (bousculades, jets de projectiles, interpellations à haute voix…). L’indiscipline contemporaine est un ensemble d’attitudes, de comportements, d’actes, qui tendent moins à renverser l’ordre normatif qu’à l’affaiblir. Si l’on doit chercher des métaphores pour décrire l’indiscipline contemporaine, ce n’est pas du côté de la physique, du choc et de l’affrontement, mais du côté de la chimie, de la dilution et de l’effacement.

Le bavardage – comme la rumeur – se propage et gagne de proche en proche. Il ne faut pas le sous-estimer. Car, sous des apparences légères et inoffensives, il instaure dans la classe un climat d’agitation contraire à l’attention et au calme requis par l’étude. Qu’on le veuille ou non, pour comprendre une argumentation ou s’imprégner d’une démonstration, il faut savoir écouter quelques instants. Même s’il ne vise jamais directement la personne de l’enseignant, le bavardage a quelque chose de blessant en tant qu’il manifeste de manière ostensible une forme de désintérêt à l’endroit de la parole professorale. « Cause toujours, nous aussi nous causons. » L’élève est là tout en étant ailleurs. Le bavardage, en son essence, est éclipse, pas de côté, manière de s’absenter.

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https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/06/03/en-classe-le-silence-est-un-combat_5470866_3224.html

 

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